La peur et la gouvernance.

Faut-il craindre la peur ou apprendre à la maîtriser ?
Source de l’image : site Pixabay

Cet article vous propose quelques pistes de réflexion sur un sujet d’actualité, il s’agit de faire le point sur la place de l’exploitation de la peur dans la société, en particulier en temps de crise. Je vous propose par conséquent quelques éclairages pour appréhender la place de la peur, volontaire ou involontaire dans la gestion de la vie citoyenne au quotidien.

Un brin de définition pour commencer :

La peur est classée généralement dans les émotions par les psychologues ; en ce sens elle est la plupart du temps opposée à la capacité à raisonner de façon logique, en cela, il y aurait donc une opposition entre la peur et le raisonnement, l’un agissant au détriment de l’autre.

Ceci ne veut pas dire pour autant que la peur est néfaste, les psychologues y voient au contraire un aspect plutôt positif d’outil de protection pour l’humain, la peur jouant un rôle pour la survie en cas de danger imminent.

Voici les trois principales manifestations de cette émotion :

  • La paralysie : c’est par exemple ce qui se produit lorsque vous courez puis que vous vous retrouvez brutalement en face d’un précipice. Dans ce contexte, la peur risque fort de vous figer sur place pour vous éviter de tomber dans le ravin, elle est quasie intantanée et n’attend pas que vous preniez le temps pour raisonner logiquement à la conduite à tenir dans cette situation de danger.
  • L’évitement : c’est un autre type de manifestation. Imaginez un instant qu’on vous invite à participer à un karaoké alors que vous n’aimez surtout pas chanter, domaine pour lequel vous connaissez vos piètres compétences. Dans ce cas de figure, la peur de vous retrouver dans cette situation périlleuse risque fort de vous inciter à trouver une bonne raison pour ne pas pouvoir être présent(e) à ce moment-là.
  • La négation du danger : c’est une autre manifestion de la peur qui se caractérise par une sorte de déni capable de vous permettre de faire abstraction du danger pourtant bien réel. Dans ce cas de figure on constate que l’individu est capable de prouesses imprévisibles pour surmonter la peur.

Par conséquent, à partir de ce premier constat on peut estimer que finalement, même si la peur est source de stress et d’angoisse, ses effets sont plutôt positifs dans les situations de danger imminent. Nous n’allons pas nous étaler davantage sur cette approche psychologique et passer à un autre aspect qui est celui du rapport entre la peur et la raison, c’est ce deuxième aspect qui sera plus particulièrement en lien avec notre problématique liée à l’utilisation de la peur dans le domaine de la gouvernance.

Quel lien y a-t-il entre la peur et la raison ?

C’est une approche qui a traversé l’histoire, puisque Platon (428 av JC) estimait déjà que les émotions constituaient des perturbations à un état normal et que de ce fait elles nuisaient au raisonnement logique. Cette approche faisait encore référence bien plus tard puisque c’était aussi le constat fait par les philosophes Descartes ou Spinoza (vers 1600). Cette approche fait toujours référence aujourd’hui, même si elle peut être un peu plus nuancée du fait de connaissances nouvelles dans le domaine de la psychologie et des neurosciences. Aujourd’hui on estime que nos comportements sont le résultat d’une combinaison complexe liant des émotions et la raison. Autrement dit, cette approche conduit à reconnaitre le fait que nous pouvons avoir des comportements de survie peu réfléchis liés à une soumission à des émotions très fortes (comme la peur) ou des comportements très raisonnés lorsque l’émotion est bien maitrisée et qu’elle ne fagocite pas les capacités de raisonnement. Autrement dit, pour faire simple, on peut dire que des émotions fortes (comme celle de la peur) auront tendance à moins faire intervenir le raisonnement et à provoquer par instinct de survie des réflexes, souvent basés sur des principes, alors que lorsque nous ne sommes pas ou peu soumis à ce type d’émotion notre capacité de raisonnement sera plus importante.

En résumé, on peut dire que la capacité à raisonner de façon logique dépend de l’importance des émotions que l’on ressent.
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Dans la pratique :

C’est en partant de ce que nous venons de voir qu’on peut commencer à appréhender l’importance que peut avoir la gestion des peurs dans un contexte conflictuel. Ceci est d’autant plus manifeste que toute situation conflictuelle est propice au ressenti d’émotions pouvant parfois être intenses. C’est aussi à partir de ces constats que l’on pourra expliquer des difficultés de dialogues parfois insurmontables entre les acteurs. Il n’est pas surpenant que le dialogue soit devenu impossible avec des personnes qui subissent des émotions fortes car ces émotions peuvent avoir pour conséquences de nuire à leurs capacités de raisonnement logique ; ce ne sont pas les personnes qu’il faut remettre en cause dans ce cas, mais bien le contexte émotionnel dans lequel elles évoluent. Il est fréquent que les discours extrêmistes utilisent consciemment ou non la peur pour convaincre (si on peut parler de convaincre dans ce cas de figure). Lorsque la peur est utilisée de façon consciente pour ralier des personnes à sa cause il convient alors de parler de manipulation. Parfois, la peur peut aussi être utilisée par des personnes dépourvues d’arguments, c’est un peu dans ce cas de figure, leur dernier atout pour tenter de ralier l’opposant à leur cause.

Des exemples concrets :

  • Contexte de l’émigration : si vous brandissez l’arrivée des étrangers comme un danger, une menace pour les citoyens, vous risquez (ou désirez selon le cas) générer de la peur, quand elle sinstalle, elle va se traduire par des positions de principe qui peuvent conduire au développement du racisme et à une expression populaire simpliste qui sera difficle ensuite de faire évoluer par le dialogue.
  • Contexte de survie politique : quand vous essayez de justifier vos positions en ne mettant en avant que le risque de prise de pouvoir par un extrême, vous agitez un drapeau de la peur qui aura un effet de clivage et de radicalisation chez les personnes les plus sensibles à votre discours, ce clivage sera une entrave au dialogue serein et sera en opposion avec toute volonté de cohésion sociale. Il se traduira par une radicalisation des positions (nécessité de choisir son camp).
  • Contexte d’imposition de sa vision économique : quand vous brandissez la récession économique et le chômage comme seule alternative à votre politique, vous agitez aussi le drapeau de la peur qui, chez les personnes les plus fragiles , les conduira à accepter ce qu’ils n’auraient pas accepté dans un contexte plus serein et raisonné, vous allez aussi générer de la fatalité et de la frustration qui nuiront au dialogue, à la cohésion sociale et prendrez le risque d’une explosion dans la violence quand la coupe sera trop pleine. Vous aurez aussi hypothéqué très gravement toute chance de dialogue et il sera dans le pire des cas très difficile de rétablir la confiance.
  • etc.

La sortie de crise dans un contexte de peur :

Elle sera difficile et elle peut conduire à des situations extrêmes où un régime autoritaire pourra accéder au pouvoir et ceci de façon plutôt durable dans la mesure la peur et son exploitation sont des armes logiques et très exploités par ces régimes autoritaires qui peuvent aboutir à des situations de dictature.

Par contre difficile ne veut pas dire impossible. Mais dans ce cas de figure il faudra se montrer habile pour rétablir les conditions permettant le dialogue, ce dialogue pourra être renoué si les conditions sont réunies pour rétablir un minimum de confiance entre les interlocuteurs, cela demandera de grandes qualité d’écoute qui supposent que l’on entende les peurs vécues et que l’on soit en mesure d’y répondre par des actions concrètes et efficaces.

Deux mots sur le grand débat national :

Il devrait être, et j’espère qu’il sera une bonne amorce de dialogue permettant aux modérés de s’exprimer librement, ce qui suppose qu’il ne soit pas fagocité par des extrêmes qui pourraient se l’accaparer et en fausser les résultats si la participation était trop faible et qu’elle n’était pas représentative . Mais pour cela il faudra qu’il se vive dans un climat de confiance réciproque minimal, il faudra aussi que l’écoute des remontées soit attentive et débouche sur de véritables actions permettant de répondre aux attentes, quitte à remettre en cause le cap initial choisi par le gouvernement. La cohésion nationale est à ce prix. S’il échoue, le risque d’aggravation de la fracture est important.

La situation que nous connaissons met à l’occasion la lumière sur les limites de la Vème république qui permet désormais l’élection d’élus et en particulier d’un président avec un nombre insuffisant d’électeurs pour prétendre avoir la légitimité représentative pour conduire son programme (majorité obtenue sur une portion d’électeurs) ; on peut bien sûr dire que les absents ont toujours tord, que les abstentionnistes n’avaient qu’à voter, mais cela ne résoud pas le problème. On est au contraire placé dans une situation où il nous fait reconnaître que l’élection conduit à un non choix pour bon nombre de citoyens, certains du coup ne votent plus, d’autres votent pour ce qu’ils estiment être la moins mauvaises des solutions ce qui réduit le nombre de ceux qui ont véritablement plébicité le programme du candidat. D’une part, c’est probablement une des raisons qui ont conduit à la situation que nous vivons et d’autre part cela appelle à une question essentielle concernant la présidence : est-il le président de son programme, ce qui voudrait dire qu’il doit le conduire à terme ou est-il le président de l’ensemble des Français, auquel cas il doit conduire le programme d’intérêt collectif pour la nation, même s’il n’est pas conforme au programme de départ ?

En guise de conclusion :

Pour terminer je voudrais rappeler le contexte de la publication de cet article que j’ai réalisé dans un esprit de partage de point de vue ; vous pouvez ne pas le partager ou avoir envie d’en discuter. Je pense que la richesse nait de la différence et du partage et c’est donc bien dans cette logique que je vous propose ces réflexions personnelles sur un sujet d’actualité.

Crédits :

Pour rédiger cet article je me suis inspiré des ressources suivantes :

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